Lorsque l’on découvre qu’un enfant a été victime d’abus
sexuels, d’abus physiques ou de négligence grave, une priorité s’impose :
assurer sa sécurité.
Mais protéger un enfant ne consiste pas uniquement à mettre
fin à une situation de danger. Il faut aussi l’accompagner à travers les
nombreuses démarches qui peuvent suivre la divulgation, qu’elles soient
policières, judiciaires ou liées à la protection de la jeunesse.
Aujourd’hui, plusieurs organismes travaillent ensemble pour
que ces interventions soient les mieux coordonnées possibles.
Cette façon de faire nous semble naturelle, mais elle est le fruit d’une
évolution importante amorcée il y a maintenant 25 ans avec l’entrée en
vigueur de l’Entente multisectorielle relative aux enfants victimes d’abus
sexuels, d’abus physiques ou de négligence grave.
Direction
des communications
Il y a plusieurs décennies, les organismes appelés à
intervenir auprès des enfants victimes remplissaient chacun leur mission. Les policiers menaient leurs enquêtes, le Directeur de la protection de la jeunesse
(DPJ) évaluait la sécurité et le développement de l’enfant, tandis que les
autres intervenants agissaient selon leurs responsabilités.
Cette façon de faire répondait aux obligations de chacun,
mais les démarches n’étaient pas toujours coordonnées. Dans certaines
situations, un enfant pouvait être rencontré à plusieurs reprises et devait
raconter les mêmes événements à différents intervenants.
Peu à peu, une réflexion s’est imposée : comment mieux
protéger les enfants, non seulement contre les abus qu’ils avaient subis, mais
aussi contre les conséquences que pouvait entraîner le processus d’intervention
lui-même?
C’est de cette réflexion qu’est née l’Entente
multisectorielle.
Un plan d’action commun
Entrée en vigueur en 2001, l’Entente multisectorielle n’est
pas une loi. Elle établit plutôt une façon de travailler lorsque certaines
situations sont signalées.
Ces rencontres permettent de discuter des mesures à mettre en
place rapidement pour protéger l’enfant, mais également de déterminer comment l’intervention
doit se dérouler. Les partenaires peuvent notamment échanger sur la pertinence
d’une évaluation médicale, les éléments de preuve à recueillir, ou encore les
personnes qui pourront accompagner l’enfant tout au long du processus.
Les policiers mènent l’enquête, le DPJ évalue la situation de
l’enfant et les mesures de protection nécessaires, tandis que les procureurs du
DPCP offrent aux partenaires des conseils juridiques
en matière criminelle et pénale. D’autres intervenants peuvent également
contribuer aux démarches, notamment en provenance du
réseau de la santé et des services sociaux, des milieux scolaires ou des
services de garde, selon la situation de l’enfant.
Chaque organisation conserve ses responsabilités, mais toutes
se coordonnent afin de prendre des décisions plus rapidement et de planifier
les prochaines étapes.
Le rôle
des procureurs
Les
procureurs aux poursuites criminelles et pénales jouent un rôle important dans
cette démarche, notamment en apportant leur expertise juridique dès les
premières étapes.
Par exemple, ils peuvent être consultés par
les partenaires sur
la nécessité de demander la délivrance d’un
mandat d’arrestation afin qu’une personne suspecte soit amenée rapidement
devant le tribunal et que des conditions puissent lui être imposées. Selon les
circonstances, les policiers peuvent également imposer certaines conditions
lorsqu’une arrestation immédiate n’est pas nécessaire.
Les procureurs peuvent aussi participer aux discussions
concernant la façon de recueillir la preuve, notamment le moment approprié pour
réaliser une entrevue vidéo avec l’enfant et les moyens à privilégier pour
obtenir une déclaration fiable, tout en limitant les répercussions sur
celui-ci.
Cette implication permet d’assurer une meilleure continuité
si une poursuite criminelle est éventuellement intentée.
Une
évolution qui se poursuit depuis 25 ans
En
novembre 2026, l’Entente multisectorielle célèbre son 25e anniversaire.
Depuis sa
création, elle a évolué au rythme des nouvelles connaissances sur les besoins
des jeunes victimes. Elle a contribué à transformer les façons d’intervenir en
plaçant davantage l’enfant au cœur des démarches.
Les techniques d’entrevue ont été adaptées pour recueillir la parole des enfants avec
davantage de rigueur et de sensibilité. Des programmes ont été créés pour
préparer les jeunes à témoigner devant le tribunal. Des chiens d’assistance judiciaire peuvent maintenant accompagner certaines victimes lors de démarches
particulièrement difficiles. Dans plusieurs régions du Québec, des services
intégrés permettent également de regrouper sous un même toit différents
professionnels appelés à intervenir auprès de l’enfant.
Ces avancées témoignent d’une même volonté : faire évoluer les pratiques pour que chaque intervention auprès d’un enfant victime soit réalisée avec rigueur, sensibilité et dans le respect de ses besoins. Elles illustrent l’importance de l’expertise complémentaire des différents partenaires qui, ensemble, contribuent à mieux protéger les enfants.
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