Fraude : ce qu’il faut savoir pour reconnaître et déjouer les stratagèmes

La fraude figure parmi les types de crimes les plus répandus au pays. Qu’il s’agisse de fausses annonces, de fraudes amoureuses, de subterfuges ciblant les personnes aînées ou de messages trompeurs sur Internet, les méthodes se multiplient… tout comme les victimes. Pendant ce temps, les stratagèmes continuent d’évoluer, devenant de plus en plus ingénieux et dévastateurs. Le présent article propose un guide pratique pour comprendre ce qu’est une fraude, reconnaître les ruses les plus courantes et adopter des mesures pour mieux se protéger.

DCOM en collaboration avec Me Gabriel Senécal, procureur aux poursuites criminelles et pénales de l’équipe des crimes économiques du Bureau du Centre-du-Québec

La fraude est une infraction assez large dans le Code criminel. On pense souvent aux stratagèmes complexes, aux fraudeurs professionnels ou aux pertes importantes subies par les victimes, mais la fraude peut aussi prendre la forme d’un simple mensonge utilisé pour soutirer de l’argent ou un avantage.

En pratique, cela peut inclure :

- des mensonges ou des fausses promesses, par exemple pour gagner votre confiance dans le but de vous convaincre d’investir ou d’envoyer un dépôt; 
- la dissimulation d’une information importante;
- l’usurpation d’identité;
- la création de faux documents ou de faux profils en ligne.

« Quiconque vous fait croire quelque chose de mensonger dans l’intention de vous soutirer de l’argent commet une fraude », résume le procureur aux poursuites criminelles et pénales Me Gabriel Senécal, qui travaille depuis près de 10 ans sur des dossiers de crimes économiques.

Ce que la poursuite doit prouver devant le tribunal

Pour qu’une personne soit reconnue coupable de fraude devant le tribunal, deux éléments doivent être démontrés en preuve.

Le procureur aux poursuites criminelles et pénales doit prouver qu’une supercherie, un mensonge ou un autre moyen frauduleux a causé, ou pouvait causer, un préjudice financier à la personne victime. La fraude n’implique donc pas nécessairement une perte financière.

Le procureur doit démontrer que l’accusé savait que son geste était malhonnête et qu’il risquait d’entraîner une perte pour quelqu’un.

Ces deux éléments sont essentiels. Une mauvaise décision d’affaires ou un désaccord menant à une perte financière ne suffisent donc pas pour constituer une fraude. Dans ces cas, il s’agirait plutôt de litiges civils. Pour qu’une accusation criminelle soit portée, l’intention malhonnête doit être prouvée.

Un phénomène en constante évolution

Selon Me Senécal, les fraudes suivent souvent des « modes » et s’adaptent à l’air du temps. De plus, en période économique difficile, les stratagèmes se multiplient. Avec Internet, les fraudeurs disposent d’outils puissants : fausses pages d’institutions financières, modification de numéros de téléphone, manipulation de la voix, création de profils crédibles, etc.

« On ne sait pas qui se cache derrière les écrans. Quelqu’un peut être en Afrique et commettre une fraude ici », indique le procureur.

Certaines fraudes sont aussi des crimes opportunistes : un employé qui passe sa propre carte de points de récompense à la place de celle du client et un travailleur qui détourne de petites sommes sur une longue période en sont des exemples.

Bref, les modus operandi sont multiples. En voici un aperçu.

Les fraudes sur les plateformes de revente : Un individu vend un article convoité, par exemple un appareil électronique sur Marketplace. Il reçoit plusieurs messages d’intérêt et demande un dépôt pour réserver l’objet. Trois personnes envoient un acompte, mais l’appareil électronique n’existe pas réellement ou n’est jamais remis. Par la suite, le profil du « vendeur » disparaît.

Les fraudes par virement ou fausse confirmation : Un acheteur prétend avoir envoyé un virement Interac, mais le paiement est frauduleux ou la victime est redirigée vers une fausse page de connexion pour « accepter » le virement.

Les fraudes par virement excédentaire : Un acheteur vous envoie une somme supérieure à la valeur du bien que vous vendez sur Marketplace. Se rendant compte de son erreur, il vous demande de lui rembourser la valeur excédentaire. Toutefois, le virement initial est frauduleux et est annulé. Vous perdez donc la somme que vous avez « remboursée » à l’acheteur et peut-être même le bien que vous avez vendu.

Les fraudes par code QR : Un fraudeur crée un code QR qui mène vers une fausse page d’institution financière. L’interface semble authentique, mais elle sert à voler vos identifiants.

Les fraudes ciblant les personnes aînées : Un appel du « petit-fils en prison », les arnaques sentimentales ou la fraude du faux représentant bancaire… les fraudeurs visent souvent les personnes portant des noms plus anciens, en espérant qu’elles soient plus vulnérables ou isolées.

Les fraudes amoureuses : Le fraudeur rencontre une personne en ligne afin de bâtir une relation. Il gagne graduellement la confiance de la victime et finit par lui demander de l’argent, parfois sur plusieurs mois. Ces fraudeurs sont souvent situés à l’étranger.

L’hameçonnage : Ce sont des courriels, des textos ou des messages privés qui imitent les communications d’une banque, d’un service de livraison ou d’un organisme gouvernemental. Le message crée souvent un sentiment d’urgence, comme « votre compte sera suspendu », un lien vers un site frauduleux ou une demande de vérification de vos informations.

Les fraudeurs ne sont limités que par leur imagination. Pour en savoir plus, on peut consulter le répertoire complet, de A à Z, des stratagèmes utilisés, produit par le Centre antifraude du Canada.

Peines et conséquences

Suivant un plaidoyer de culpabilité ou si un tribunal reconnaît coupable un accusé, celui-ci recevra une peine qui sera individualisée selon le contexte de la fraude. Le tribunal tiendra compte notamment des circonstances atténuantes comme un plaidoyer de culpabilité rapide. Il tiendra aussi compte des circonstances aggravantes, comme la complexité de la fraude, la durée, le nombre de victimes, qui peuvent faire augmenter la peine. Dans les dossiers de fraude, il est fréquent de voir des suggestions communes suggérées par la poursuite et la défense.

Suivant l’adage Le crime ne paie pas, il est possible pour le tribunal d’ordonner au délinquant de rembourser la victime ou d’ordonner la confiscation des biens ou de l’argent obtenu à la suite de la fraude. S’il est impossible de le faire, le délinquant peut se voir imposer une amende qui, si elle n’est pas payée dans les délais, pourrait se transformer en peine de prison supplémentaire.

Comment se protéger

Personne n’est à l’abri d’un stratagème bien ficelé, constate Me Senécal. « Que ce soit une personne très éduquée ou non, ça peut arriver à n’importe qui », confirme-t-il. Avec les plateformes en ligne, l’accès aux victimes est plus facile, les fraudeurs peuvent se cacher derrière l’anonymat et les stratagèmes sont parfois plus difficiles à déjouer. D’où l’importance de la prévention, qui demeure le meilleur moyen d’éviter une fraude.

Avant de poser une action ou de procéder à une transaction financière, tout le monde devrait toujours douter et se poser des questions, conseille Me Senécal.

Voici d’autres réflexes à adopter pour réduire les risques de se faire piéger par un fraudeur

Si vous croyez être victime d’une fraude, signalez la situation dès que possible. Votre signalement permet d’aider à l’identification de tendances, de prévenir d’autres victimes, de soutenir les enquêtes et parfois de retrouver les fraudeurs.

Les fraudeurs ne manquent pas d’imagination, et les technologies leur offrent chaque année de nouveaux outils. La meilleure défense demeure la vigilance. Dans le doute, informez-vous, vérifiez, posez des questions… ou abstenez-vous.

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