5 mythes concernant la preuve dans les procès criminels


Lorsqu’on parle de procès criminels, plusieurs mythes circulent sur ce qui peut être présenté en preuve et sur la façon dont celle-ci est évaluée. Comprendre la preuve est pourtant essentiel pour saisir comment les tribunaux prennent leurs décisions et comment les procureurs aux poursuites criminelles et pénales mènent leurs dossiers. Déconstruisons cinq idées préconçues pour mieux comprendre la place de la preuve dans un procès criminel.

DCOM, en collaboration avec Mes Sara Henningsson, Karine Lagacé-Paquette et Julien Beaulieu, procureurs aux poursuites criminelles et pénales

Réalité : Le système de justice criminelle n’accepte pas tout et n’importe quoi comme preuve.

La preuve présentée au tribunal doit respecter des règles strictes : elle doit être pertinente, fiable et admissible. Ces règles existent pour protéger les droits fondamentaux de tous, y compris ceux de la personne accusée, et pour assurer un procès juste et équitable. Elles servent aussi à confirmer l’authenticité de ce qui est présenté, pour éviter que des éléments non vérifiés, modifiés ou mal attribués ne se retrouvent devant la cour.

Par exemple, le ouï-dire, ce qu’une personne rapporte au nom d’une autre, est souvent inadmissible, car sa valeur peut être limitée ou impossible à évaluer. Même lorsqu’un élément est jugé admissible, cela ne veut pas dire qu’il aura un poids déterminant : c’est le juge qui décidera de la valeur probante de chaque preuve, en fonction  du dossier.

Réalité : Les tribunaux utilisent régulièrement des messages textes, des échanges sur les réseaux sociaux, des courriels ou des enregistrements, lorsque ces éléments respectent les règles de preuve. Cela dit, leur admissibilité dépend également du contexte :

  •        Qui veut les utiliser? Les règles diffèrent selon qu’il s’agit de la poursuite ou de la défense.
  •       Comment ont-ils été obtenus? Certains messages sont protégés par une forte expectative de vie privée, ce qui entraîne des exigences précises.
  •      Peut-on confirmer l’identité de l’auteur? Le simple fait qu’un message soit envoyé par un individu ne prouve pas automatiquement que cet individu est réellement l’auteur du message.

La vie privée ne bloque pas l’utilisation d’une preuve pertinente et légalement obtenue, mais elle influence les règles que le tribunal doit appliquer.

Réalité : Ce n’est pas automatique, mais son utilisation est susceptible de déconsidérer l’administration de la justice. Le tribunal doit évaluer et mettre en balance l’effet de l’utilisation des éléments de preuve sur la confiance de la société envers le système de justice en tenant compte de : 

  1. la gravité du manquement policier;
  2. l’incidence de la violation sur les intérêts de l’accusé protégés par la Charte canadienne des droits et libertés;
  3. l’intérêt de la société à ce que l’affaire soit jugée au fond.

En résumé, même si une preuve a été obtenue illégalement, on peut l’admettre si l’exclure minerait la confiance du public envers le système de justice. À l’inverse, une preuve très incriminante peut être rejetée si sa collecte a gravement porté atteinte aux droits fondamentaux d’une personne.

Réalité : Les tribunaux savent que la mémoire humaine est imparfaite et que les souvenirs traumatiques peuvent être fragmentés ou incomplets. Dire « je ne m’en souviens pas » peut être un signe de franchise. Comme le soutiennent plusieurs procureurs, dire toute la vérité, c’est parfois dire qu’on ne sait pas. Cela est plus crédible que de tenter de faire des déductions à partir de ses souvenirs.

Une personne peut être parfaitement honnête, mais oublier des détails pour mille raisons : le temps, le choc, l’âge, une déficience, le stress d’une situation violente, etc.

Il est certain que plus on a de détails, plus on dispose d’informations permettant d’évaluer la fiabilité du témoignage. C’est un avantage, mais ce n’est pas essentiel. Un témoignage peut être incomplet tout en demeurant crédible et suffisant pour permettre de faire la preuve des faits soulevés. La personne victime ou le témoin n’a pas besoin d’être parfait pour qu’un verdict de culpabilité soit obtenu. Le fardeau de preuve hors de tout doute raisonnable repose sur les épaules du procureur, pas sur celles de la personne victime ou des témoins.

Réalité : La loi interdit presque toujours la présentation de ce type de preuve. Le passé sexuel d’une personne ne peut pas servir à suggérer qu’elle aurait « été plus susceptible de consentir » dans une situation donnée ni à miner sa crédibilité.

Ces règles existent pour éviter les stéréotypes nuisibles, par exemple : « Si elle a déjà eu plusieurs partenaires, elle est plus susceptible d’avoir consenti. »

Ce type de raisonnement est exactement ce que le législateur veut exclure.

Dans de très rares cas, on peut admettre certains éléments, mais seulement selon une procédure exceptionnelle, encadrée par le tribunal, et uniquement si cela est pertinent pour une question bien précise. Ce n’est jamais pour juger la moralité de la personne ou sa « réputation sexuelle ».

En bref

La preuve en droit criminel est fondée sur des principes essentiels : l’admissibilité, la pertinence et le respect des droits. Les règles qui la gouvernent peuvent sembler complexes, mais elles existent pour assurer un procès juste et équitable ainsi que pour protéger toutes les personnes concernées.

En démystifiant ces mythes, on comprend mieux le fardeau de preuve qui repose sur les épaules des procureurs aux poursuites criminelles et pénales, de même que le processus de recherche des éléments de preuve, dans un but ultime de quête de la vérité.

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