Chaque jour, des procureures répondent
au téléphone pour écouter, informer et soutenir des personnes qui traversent
des moments difficiles ou qui souhaitent en savoir plus sur le processus de
dénonciation et le processus judiciaire criminel au Québec, par le biais de la
Ligne info DPCP violence conjugale et sexuelle. Depuis 2018, elles sont
plusieurs à avoir exercé cette fonction de façon complètement volontaire.
Pourquoi? Qui sont-elles? Nous avons rencontré trois d’entre elles, qui ont
accepté de se confier sur leur travail et leurs motivations.
DCOM
Mes Lina Thériault, Véronique Breton et Annouck Balzer font partie des neuf procureures aux poursuites criminelles et pénales qui répondent actuellement aux appels reçus à la Ligne info DPCP. Dans la dernière année, elles ont traité au total 1 295 appels.
La Ligne info DPCP place les procureures dans un rôle d’information et d’accompagnement. Il ne s’agit pas de plaider ni de prendre position dans un dossier précis, mais d’expliquer, de démystifier et d’orienter.
« C’est centralisé : la
prise d’appels se fait via nos ordinateurs », explique Me Annouck
Balzer, la responsable de la ligne, qui y répond depuis 2022. « Chaque
procureure a ses journées de garde dans le mois. Certaines journées sont plus
tranquilles, d’autres, ça peut être dix appels dans une matinée. Et ça peut
nous prendre toute la journée, alors on se rend disponibles »,
raconte-t-elle.
À la différence d’autres lignes
téléphoniques d’informations, celle du DPCP a une boîte vocale active. « Pour
certaines lignes d’aide, il faut rappeler jusqu’à ce que ça réponde. Ici, les
gens peuvent laisser un message. On les rappelle. Ça fait partie de nos
obligations d’y donner suite », précise
Me Véronique Breton.
Un engagement volontaire
Répondre à la Ligne info DPCP ne
fait pas partie des mandats obligatoires. Les procureures qui s’y engagent le
font par choix, en plus de leurs responsabilités habituelles.
« Cette implication permet
de prendre un certain recul par rapport à la fonction de procureure. Ça nous
fait réaliser le privilège qu’on a d’accompagner des gens dans des moments
difficiles. Si on peut les aider en leur donnant la bonne information tôt dans
le processus, et que ça a une influence sur leur parcours ou sur leur confiance
à l’égard du système de justice, on se sent utile comme procureure et comme
personne », confie Me Balzer.
Me Breton y voit une continuité naturelle de son rôle « C’est profondément lié à notre fonction. Faire de l’accompagnement, ça nous fait grandir, comme personne et comme professionnelle. Ça nous permet d’allier notre savoir-être à notre savoir-faire. »
Pour Me Thériault,
cette implication a aussi une portée très personnelle : « Quand on ressent le vécu d’une victime au bout du fil, et son sentiment d’impuissance, on ne peut pas rester insensible. Si, par notre
intervention, on parvient à retirer un certain poids de ses épaules, c’est très
gratifiant. »
Un contact direct avec la
réalité des victimes
Pour Me Lina
Thériault, la ligne représente un espace particulier dans sa pratique. « On
travaille souvent sur des dossiers, des projets, des questions de droit. À la
ligne, on est en contact direct avec la personne victime. Ça humanise beaucoup
notre travail. »
Ce contact agit aussi comme un
rappel concret du sens de la fonction de procureur.
« Ça me reconnecte à mon métier, à la raison pour laquelle j’ai choisi de devenir procureure. À la fin de la journée, je me sens très alignée sur les valeurs de notre institution. »
– Lina Thériault, procureure aux poursuites criminelles et pénales
Informer, valider, clarifier
Au-delà des informations
juridiques, les appels révèlent souvent une recherche de validation ou de
confirmation.
« Ça part d’une question sur la dénonciation ou sur un comportement qui pourrait mener à une plainte », explique Me Thériault. « Souvent, la personne connaît déjà une partie des informations qu’on lui fournit, mais elle veut la confirmation qu’elle fait la bonne chose. Nous pouvons lui donner la petite dose de courage nécessaire pour aller de l’avant. »
Les échanges permettent aussi de
corriger certaines perceptions qui reviennent fréquemment. Par exemple, des
personnes victimes s’inquiètent de se retrouver dans une situation de « ma
parole contre la sienne », en croyant qu’elles devront prouver chaque
détail, alors que l’analyse repose plutôt sur l’ensemble de la preuve et
l’évaluation de la crédibilité.
D’autres craignent qu’il ne soit
trop tard pour dénoncer des événements qui ont eu lieu il y a quelques mois ou
quelques années. Les procureures peuvent alors expliquer que le seul écoulement
du temps n’est pas un obstacle pour dénoncer en matière criminelle, et quels
sont les éléments que le procureur analysera afin de déterminer s’il peut
intenter une poursuite.
Il arrive aussi que certaines
situations soient perçues comme de simples conflits entre conjoints, de nature
civile. En discutant des faits, les personnes réalisent toutefois que certains
comportements peuvent correspondre à des infractions criminelles.
En clarifiant ces éléments et en
expliquant le rôle du procureur ainsi que les étapes du processus judiciaire,
les répondantes contribuent à rendre le tout plus compréhensible.
La confidentialité demeure
essentielle. Les personnes n’ont pas à raconter toute leur histoire ni à
décliner leur identité. Elles fournissent uniquement les informations
nécessaires pour permettre aux procureures de répondre à leurs questions.
Pour Mes
Thériault, Breton et Balzer, répondre à la Ligne info DPCP n’est pas seulement
une tâche professionnelle :
c’est un engagement motivé par le désir de soutenir
et de guider des personnes qui font face à des
situations de violence. Ces personnes victimes, majoritairement des femmes,
trouvent au bout du fil une oreille attentive, des réponses claires et parfois
le courage requis pour franchir une étape difficile. Au-delà
du droit, cet accompagnement permet de renforcer la confiance dans le système
judiciaire et d’offrir un soutien tangible dans des moments où l’aide est
nécessaire.




Suivez-nous