Faut-il dénoncer lorsqu’un
adolescent commet une infraction criminelle? Certaines personnes hésitent à dénoncer
(porter plainte) lorsqu’un adolescent est impliqué. Elles craignent de « mettre
le jeune dans le trouble », de compromettre son avenir ou de lui coller
une étiquette qui le suivra toute sa vie.
Cette inquiétude est
fréquente. Pourtant, le système de justice applicable aux adolescents n’a pas
été conçu pour briser des parcours ou hypothéquer l’avenir des jeunes. Il vise
plutôt à agir au bon moment, à établir des limites
claires et à favoriser leur réadaptation lorsqu’une intervention devient
nécessaire. Le quatrième et dernier article de notre série sur la criminalité
chez les jeunes explore la portée de la dénonciation et ses effets possibles
sur le parcours d’un adolescent.
Direction
des communications, en collaboration avec Me Catherine Daigle,
procureure aux poursuites criminelles et pénales au Bureau des affaires de la
jeunesse (BAJ) à Longueuil
Le système de justice pénale pour les adolescents repose sur
l’idée que les jeunes sont en développement et possèdent une plus grande
capacité de réadaptation et de réinsertion sociale que les adultes.
Lorsqu’un adolescent commet une infraction, l’objectif n’est
pas uniquement de sanctionner son comportement, mais aussi de comprendre les
facteurs qui l’ont mené là et d’intervenir pour éviter que la situation ne se
reproduise.
« Il est faux de penser que le système de justice pour
les adolescents est ultra sévère et qu’une dénonciation va nécessairement nuire
à un jeune. C’est souvent tout le contraire. On s’ajuste toujours au jeune qu’on
a devant nous. L’objectif, ce n’est pas de le punir à tout prix, mais de le
responsabiliser et de favoriser sa réadaptation », explique la procureure Me Catherine
Daigle.
Autrement dit, intervenir tôt peut parfois éviter qu’un
adolescent ne se retrouve plus tard devant le système de justice pour adultes,
où les mécanismes d’intervention sont différents et où la marge de manœuvre est
souvent plus limitée.
Toutes les situations ne sont pas traitées de la même
façon
Lorsqu’on entend parler de criminalité chez les adolescents,
on pense parfois immédiatement aux crimes les plus graves qui font les
manchettes, mais la réalité est beaucoup plus nuancée.
Le système distingue notamment les situations de délinquance
plus communes des infractions plus graves ou répétitives. Dans plusieurs
dossiers, particulièrement lorsqu’il s’agit d’une première infraction ou d’un
comportement moins sérieux, on peut envisager différentes mesures sans qu’il soit
nécessaire de judiciariser le dossier.
Le message envoyé à l’adolescent demeure clair : il
existe des limites et certaines conduites ne sont pas acceptables dans notre
société. L’intervention cherche également à favoriser un changement durable de
comportement.
Dénoncer peut permettre à un adolescent d’obtenir de l’aide
Dans certains dossiers, la plainte déposée devient le
premier signal qu’un adolescent traverse des difficultés plus importantes.
Problèmes familiaux, consommation, fréquentations
problématiques, difficultés scolaires, problèmes de santé mentale ou absence d’encadrement :
les réalités derrière un geste criminel peuvent être multiples.
L’intervention du système de justice peut permettre de mobiliser
des ressources qui n’auraient peut-être pas été offertes au jeune.
Pour certains adolescents, cette intervention arrive à un
moment charnière de leur parcours.
Dénoncer (porter plainte) ne signifie pas « poursuivre »
soi-même le jeune
Une autre inquiétude fréquemment exprimée par les victimes
est l’impression qu’elles seront personnellement responsables des conséquences
judiciaires pour l’adolescent.
Après l’enquête policière, les procureurs analysent la
preuve disponible afin de déterminer si des accusations doivent être déposées
et, si oui, lesquelles.
La décision de poursuivre appartient donc à l’État et non à
la personne victime.
Le rôle de la victime est essentiel dans le processus,
notamment pour rapporter les faits et, au besoin, témoigner, mais elle n’a pas
à porter le poids de la décision d’accuser ou non.
Intervenir aujourd’hui pour éviter davantage de victimes
demain
Dans certaines situations, s’il n’y a pas d’intervention,
des comportements problématiques s’installent et peuvent s’aggraver avec le
temps.
Dénoncer ne signifie pas souhaiter les pires conséquences
pour un adolescent.
Cela peut être une occasion de lui faire comprendre qu’il a franchi certaines limites, tout en lui donnant
accès à des outils, à des ressources et à un accompagnement adapté à son âge et
à sa situation.
En matière de justice pour les adolescents, intervenir
rapidement vise autant à protéger la société qu’à offrir au jeune la
possibilité de réorienter sa trajectoire.
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