Recruter un jeune pour commettre un crime est désormais une infraction criminelle

Un adulte convainc un adolescent de transporter des stupéfiants, de surveiller les allées et venues de policiers ou de participer à un vol. Ces situations, parfois associées aux gangs de rue, sont régulièrement rapportées dans l’actualité depuis quelques années.

En réponse à ce fléau, le gouvernement canadien a décidé d’ajouter une nouvelle infraction au Code criminel. Depuis le 18 juillet 2026, le fait de recruter un jeune de moins de 18 ans pour qu’il participe à un crime peut constituer une infraction criminelle.

Direction des communications, en collaboration avec Me Andrej Skoko, procureur aux poursuites criminelles et pénales au Bureau du service juridique (BSJ)

Le Code criminel permettait déjà de poursuivre pour plusieurs comportements liés à la criminalité organisée ou à la participation à une infraction. En revanche, il ne contenait pas d’infraction ciblant précisément le fait de recruter un jeune pour l’amener à commettre un crime.

Par cette modification, le législateur s’attaque à une étape qui précède souvent la commission d’une infraction : le recrutement.

L’objectif est de mieux protéger les jeunes contre les personnes qui cherchent à profiter de leur vulnérabilité ou de l’influence qu’elles exercent sur eux pour les entraîner dans des activités criminelles.

Que prévoit la nouvelle infraction?

Le Code criminel interdit désormais à une personne qui est en situation d’autorité ou de confiance envers un jeune de moins de 18 ans de le recruter, l’encourager, l’inviter ou le conseiller afin qu’il participe à une infraction prévue au Code criminel ou aux infractions en matière de stupéfiants établies dans la Loi réglementant certaines drogues et autres substances. Par exemple, une personne qui recrute un jeune de moins de 18 ans en vue de lui faire transporter des stupéfiants s’expose désormais à faire l’objet de poursuites en vertu de la nouvelle infraction.

Une situation d’autorité ou de confiance peut exister dans différents contextes. D’emblée, la loi présume que le seul fait d’être un adulte place une personne en situation d’autorité par rapport à une personne de moins de 18 ans.

Il peut exister d’autres cas, puisque la loi prévoit également que, dans certaines circonstances, une personne de moins de 18 ans peut elle aussi être en situation d’autorité ou de confiance envers un autre jeune.

Par exemple, un frère aîné de moins de 18 ans peut se trouver en situation d’autorité par rapport à son frère plus jeune, même si aucun des deux n’est majeur.

Chaque dossier sera toutefois évalué selon les faits qui lui sont propres.

Pour que cette nouvelle infraction soit constituée, il ne suffit pas qu’une personne tente de recruter un jeune. La loi exige que le jeune participe effectivement à l’infraction envisagée, ou à une infraction qui y est liée.

Cette exigence distingue cette nouvelle infraction d’une simple tentative de recrutement.

Quelles sont les conséquences?

Cette nouvelle infraction est dite hybride, ce qui signifie que, selon les circonstances du dossier, le poursuivant peut choisir de procéder soit par mise en accusation, soit par procédure sommaire. Ce choix tient notamment compte de la gravité des faits et des particularités de chaque affaire.

Lorsque l’infraction est poursuivie par mise en accusation, la peine maximale prévue est de cinq ans d’emprisonnement.

Le recrutement de jeunes par des organisations criminelles est une réalité qui préoccupe les corps policiers, les intervenants et les tribunaux depuis plusieurs années. Les adolescents peuvent être ciblés parce qu’ils sont plus facilement influençables ou parce qu’ils ne mesurent pas toujours les conséquences de leur implication dans des activités criminelles. De plus, ils sont normalement soumis à des peines plus clémentes en vertu de la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents, ce qui constitue un argument parfois utilisé par les personnes qui recrutent les jeunes pour les encourager à commettre des infractions criminelles.

Bien que cette nouvelle infraction ne vise pas uniquement le phénomène des gangs de rue, elle offre un outil supplémentaire pour intervenir contre les personnes qui cherchent à entraîner des jeunes dans la criminalité.

Par cette modification, le législateur met davantage l’accent sur la responsabilité des recruteurs et sur la nécessité de protéger les mineurs contre l’exploitation criminelle.

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