Le processus judiciaire à la suite d’une infraction à caractère sexuel


Que faire après une agression sexuelle? À qui s’adresser? Que se passe-t-il une fois qu’un signalement est fait? Ces questions reviennent régulièrement, autant de la part des personnes victimes que de leur entourage. Elles peuvent être nombreuses à un moment où les repères peuvent manquer et où le fonctionnement du système judiciaire est rarement connu dans le détail. Le présent article résume, étape par étape, comment un dossier criminel à caractère sexuel est traité au Québec. Vous découvrirez comment le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) intervient, depuis l’analyse des éléments de preuve jusqu’à la peine. Sont également présentées certaines mesures d’accompagnement et d’aide au témoignage pouvant être accordées aux personnes victimes pour les soutenir tout au long du processus judiciaire.

DCOM

On entend par « infraction à caractère sexuel » plusieurs comportements interdits par le Code criminel qui ont en commun d’impliquer une atteinte à l’intégrité sexuelle d’une personne, sans consentement ou dans un contexte où ce consentement n’est pas valide.

On peut penser à l’agression sexuelle, à l’exploitation sexuelle, au leurre, à la distribution d’images intimes, au voyeurisme, à l’exhibitionnisme, etc.

À la suite d’un événement de cette nature, plusieurs options s’offrent à la personne victime. Certaines choisissent de dénoncer rapidement, d’autres prennent plus de temps et certaines décident de ne pas s’adresser au système judiciaire. Lorsqu’un signalement est fait, un processus criminel peut s’enclencher.


Le processus judiciaire débute lorsqu’un signalement est fait à la police. À partir de la déclaration de la personne victime alléguée, les autorités policières procèdent à une enquête pour recueillir des éléments de preuve et identifier la personne mise en cause.

Celles-ci pourraient suggérer à la personne victime de se rendre dans un centre désigné pour qu’une trousse médicolégale
 soit effectuée, de sorte à recueillir et à préserver des preuves tout en assurant la prise en charge médicale de la personne. Si les délais pour effectuer une trousse médicolégale sont dépassés, il est possible que l’on propose tout de même à la personne victime de se rendre dans un centre désigné, pour qu’une trousse médicosociale soit complétée. Il s’agit essentiellement d’un protocole de soins et de soutien à la personne victime, sans prélèvements médicolégaux.

À l’issue de leur enquête, les policiers pourront potentiellement arrêter un suspect qui pourra être détenu ou mis en liberté avec conditions.


Une fois l’enquête complétée, les autorités policières peuvent transmettre le dossier au DPCP.

Le procureur responsable procède alors à une analyse approfondie des éléments de preuve. Il doit notamment évaluer si la preuve permet raisonnablement d’envisager une condamnation et si une poursuite est dans l’intérêt public.

Il peut aussi demander des compléments d’enquête lorsque certains éléments doivent être précisés.


À l’issue de cette analyse, deux avenues principales sont possibles : porter des accusations ou ne pas porter d’accusations.

Lorsque des accusations sont déposées, le procureur détermine le mode de poursuite lorsque l’infraction est hybride (sommaire ou par mise en accusation), en fonction notamment de la gravité de l’infraction et des circonstances du dossier.

Lorsque des accusations sont portées, le dossier suit différentes étapes judiciaires :

  1. comparution de l’accusé;
  2. communication de la preuve à la défense;
  3. possibilité d’une enquête sur mise en liberté;
  4. possibilité d’une enquête préliminaire;
  5. préparation du procès, y compris l’accompagnement de la personne victime en vue de son témoignage;
  6. possibilité d’un procès.

Par ailleurs, sur ordonnance d’un juge, des mesures particulières peuvent être mises en place pour faciliter le témoignage et protéger la vie privée des personnes victimes, comme :


À l’issue du procès, et généralement après un délibéré, le tribunal, qu’il soit personnifié par un juge ou un jury, rend un verdict d’acquittement, de culpabilité ou, dans certains cas, de non-responsabilité criminelle. Cette décision pourra potentiellement être portée en appel par l’une ou l’autre des parties.

Si la personne est reconnue coupable, il est probable que le tribunal ordonne la production d’un rapport prépénal et d’une évaluation sexologique. Une fois les rapports en main, la poursuite et la défense procéderont aux représentations sur la peine. À cette étape, la personne victime pourra être entendue à propos des conséquences que le crime a eues sur elle. Généralement, à la suite d’un nouveau délibéré, une peine sera imposée au contrevenant. Celle-ci pourra potentiellement être portée en appel par l’une ou l’autre des parties. 

Le dossier se conclut une fois toutes les procédures complétées.

Le cheminement d’un dossier criminel à caractère sexuel comporte donc plusieurs étapes, chacune encadrée par un ensemble de règles. À cet égard, le DPCP veille à ce que les procédures se déroulent dans des délais raisonnables, conformément aux principes établis par l’arrêt R. c. Jordan.

Accompagnement des personnes victimes

À chacune de ces étapes, le DPCP veille au respect des droits de toutes les parties. Les personnes victimes ne sont jamais seules puisque le procureur a le devoir de tenir compte de leurs besoins, de leur point de vue et de leurs préoccupations, en lien avec leur implication dans le processus judiciaire.

Chaque dossier ayant ses particularités, il est possible de s’adresser à un procureur pour obtenir des informations adaptées à sa situation et poser toute question concernant le déroulement des procédures par l’intermédiaire de la Ligne info DPCP.



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